Par: Bernard Tremblay, Président-directeur général de la Fédération des Cégeps

 

Pour quelqu’un qui est venu au monde dans les années 80 ou 90 au Québec, il peut être tentant de voir le cégep comme une composante de notre système éducatif parmi d’autres, sans s’interroger davantage sur les raisons qui ont motivé sa création. On dit souvent, à tort puisque le modèle a inspiré d’autres provinces et même d’autres pays, que le cégep est unique. Alors, pourquoi le Québec, lui, l’a-t-il implanté et conservé depuis 1967?

Si on se transporte en pensée dans le Québec d’il y a 50 ans, on constate que, dans notre société, qui émergeait alors de ce qu’on a appelé par la suite « la grande noirceur », tout était à bâtir. Dans un climat social marqué par une grande effervescence, de nouvelles idées ont germé, véhiculant une vision novatrice de l’État, proposant un accès plus large aux soins de santé, la nationalisation de l’électricité et la démocratisation, sur l’ensemble de notre territoire, de l’éducation, entre autres. Toutes ces idées convergeaient vers un même objectif : faire entrer le Québec de plain-pied dans la modernité.

C’est dans ce contexte que le gouvernement a créé les premiers cégeps, en prenant appui sur la recommandation des membres de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec (commission Parent) qui, comme l’avouait plus tard Guy Rocher, l’un des membres de cette commission, n’osaient eux-mêmes pas croire à la réalisation de cette idée, tellement ils la jugeaient audacieuse! Et cela, même si cette proposition était le fruit d’une sérieuse réflexion, basée notamment sur l’étude des systèmes d’éducation de plusieurs pays et prenant en compte les lacunes de ces systèmes pour imaginer un modèle qui offriraient aux jeunes Québécoises et Québécois la possibilité d’acquérir, dans leur région, une formation complète, en enseignement supérieur, leur permettant à la fois de se réaliser professionnellement, mais également de se développer comme citoyen à part entière.

En 1967, les 12 premiers cégeps ouvrent donc leurs portes et suscitent rapidement une telle adhésion populaire que d’autres établissements viennent rapidement grossir les rangs du réseau collégial public au cours des années suivantes. Aujourd’hui, 48 cégeps établis sur l’ensemble du territoire québécois, avec les centres qui leur sont rattachés, pour un total de 96 points de service, accueillent chaque année plus de 170 000 jeunes et environ 25 000 adultes.

« Le Québec a, en quelques décennies, réalisé un bond de géant pour compter aujourd’hui parmi les sociétés les plus scolarisées en Occident. »

Alors que le fait de terminer des études primaires constituait un défi important pour quantité de Québécois avant la création des cégeps, le Québec a, en quelques décennies, réalisé un bond de géant pour compter aujourd’hui parmi les sociétés les plus scolarisées en Occident. À l’échelle du Canada, le Québec occupe désormais la première place en matière d’obtention du diplôme postsecondaire chez les 18-24 ans, 47 % de la population détenant un tel diplôme, contre 29,9 % en Ontario, par exemple.

Il faut donc saluer la vision d’avenir dont ont fait preuve les membres de la commission Parent et le gouvernement de l’époque. En fusionnant les écoles normales, les collèges classiques et les instituts techniques, et en intégrant une formation générale commune à tous les parcours scolaires, ils ont permis à 2 millions de jeunes en 50 ans d’obtenir un diplôme au cégep pour ensuite prendre pleinement leur place dans la société, comme citoyen et comme travailleur, de s’inscrire résolument dans leur époque et de contribuer à leur tour au progrès et à l’avancement de la collectivité.

Avec le cégep, le Québec s’est doté d’un établissement dont la mission est non seulement de former des travailleurs qualifiés, mais aussi de véritables citoyens capables de penser, d’analyser, ayant une conscience sociale et une conception humaniste de la vie. Véritable microcosme de la société, où se côtoient des individus de toutes origines et conditions sociales, le cégep déploie devant chaque jeune tout l’éventail des possibles, en l’immergeant dans un environnement éducatif favorisant l’apprentissage des arts, de la culture, de la science, des langues, du sport, de la philosophie, modelant ainsi des individus capables de pensée critique, d’évolution, de réflexion et d’ouverture aux autres et au monde.

Il faut le reconnaître et le célébrer, le cégep est un atout pour le Québec. Des pays comme le Sénégal, la Colombie ou encore La Réunion s’en inspirent ou envoient leurs jeunes y poursuivre leurs études. Depuis un demi-siècle maintenant, mais aussi face à l’avenir et aux défis liés à la quatrième révolution industrielle dans laquelle nous entrons, le cégep a été et est toujours un moteur de notre évolution. S’il a traversé cinq décennies alors qu’il a été remis en question plusieurs fois, c’est qu’on en est chaque fois arrivé au même constat : le Québec ne peut plus se passer du cégep, de son personnel extrêmement qualifié, de son apport essentiel à la vie socioéconomique des communautés et de sa spécificité typiquement québécoise qui reflète les valeurs de la société d’ici.

Et, pour préparer l’avenir, comme il l’a toujours fait en formant des millions de jeunes et d’adultes, le cégep continuera d’être bien de son temps, de former des techniciennes, des techniciens, des technologues, des entrepreneurs, de futurs universitaires, des jeunes et des adultes innovants, compétents, qualifiés, humains, possédant toutes les clés pour bâtir un Québec confiant de ses capacités, un Québec perpétuellement audacieux et surtout, au diapason de son évolution.

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