Par: Guy Rocher, ex-membre de la Commission Parent

 

Pendant les travaux de la Commission Parent (1961-1966), l’idée du cégep a mûri longuement, pour trouver sa formulation dans la deuxième tranche du rapport que la Commission a remise au gouvernement Lesage à la fin de l’année 1964. L’idée devint rapidement un projet, à travers les comités et missions mis en place à cette fin par le ministère de l’Éducation.

Dans l’esprit des membres de la Commission Parent, la création des cégeps leur paraissait la recommandation la plus audacieuse de tout leur rapport, la plus innovante, et en même temps la plus incertaine à réaliser. Pourtant, ils la considéraient comme la plus nécessaire, Les commissaires ont donc senti le besoin de soigner particulièrement le chapitre VI du Tome II dans lequel ils présentaient le projet du cégep. Ils y ont énoncé clairement les objectifs de cette nouvelle institution et décrit dans le détail la manière de la réaliser à partir d’institutions existantes: un collège classique, une école normale, un institut technique, etc.

 

DEUX OBJECTIFS

D’entrée de jeu, les commissaires ont énoncé deux objectifs majeurs, l’un économique, l’autre humaniste. On le voyait clairement, on le prévoyait, le Québec entrait activement dans l’ère de l’industrialisation. Voici comment la Commission percevait l’évolution en cours, d’une manière quasi-prophétique, et les exigences qui en découleront: ¨La mécanisation et l’automatisation feront progressivement disparaître beaucoup d’emplois non-spécialisés… L’adaptabilité nécessaire dans un monde technologique en rapide évolution exige de chaque travailleur une meilleure formation de base… on peut dire qu’une économie industrialisée et compétitive appelle une éducation plus longue pour tous » (Rapport Parent, Tome II, paragraphe 259). Dans ce contexte socio-économique en rapide transformation, le cégep a été conçu pour offrir à la fois la formation générale de base et la spécialisation professionnelle au plus grand nombre de jeunes possible, garçons et filles. Il en allait donc de l’intérêt particulier de chaque futur adulte québécois et du même coup de l’intérêt collectif de la société québécoise, de sa prospérité et de la prise en main de sa propre économie au lieu de l’abandonner à des intérêts étrangers.

Ce premier objectif de nature économique, la Commission s’empresse de le compléter par la perspective humaniste qu’elle appelle « spiritualiste¨: « Il faut affirmer hautement que chaque personne a droit d’accéder aux divers univers de connaissances, de développer pleinement ses aptitudes, d’exercer toutes les dispositions de son intelligence » (Ibid). Il s’agit du principe fondamental de justice pour tous, d’égal accès pour tous et toutes à l’éducation, selon les aptitudes, les goûts, les talents de chacun et de chacune.

« Il est remarquable que, dans l’ensemble du système d’éducation québécois, c’est assurément le cégep qui garde et actualise le mieux les objectifs de la réforme des années 1960 et les intentions de leurs concepteurs. »

CINQUANTE ANS PLUS TARD.

Il est remarquable que, dans l’ensemble du système d’éducation québécois, c’est assurément le cégep qui garde et actualise le mieux les objectifs de la réforme des années 1960 et les intentions de leurs concepteurs. C’est peut-être ce qui explique qu’il ait survécu aux différentes attaques et menaces de disparition qu’il a subie. Il est aujourd’hui ancré dans la société québécoise, inséré dans son tissu au point de faire partie de son identité.

Trois facteurs en particulier expliquent cette réussite. Tout d’abord, le corps professoral qui, depuis ses origines, s’est identifié au collégial et qui a activement contribué à la fois à la qualité croissante de l’enseignement et à son insertion dans le milieu. Il en résulte que le cégep est, notamment en dehors des grandes villes, un pilier de développement économique, social et culturel.

Le second facteur est l’imagination déployée par les enseignants et les administrateurs pour créer et développer un grand nombre d’orientations professionnelles branchées sur des besoins du milieu.

Le troisième facteur est lié au deuxième: les cégeps, surtout en région, sont étroitement liés à leur environnement social. Les collèges classiques qui les ont précédés étaient fermés sur eux-mêmes. Par contre, les cégeps sont intimement ancrés dans leur milieu, ils en sont devenus les pliera de développement économique, social, culturel.

Si l’on se porte vers l’avenir, il nous est permis de croire que les mêmes trois facteurs qui ont fait jusqu’ici la réussite des cégeps joueront encore en faveur de leur évolution, de leur adaptabilité et de leur capacité à innover, pour le plus grand bien des futurs étudiants et à l’avantage de la société québécoise dans les prochaines cinquante années.

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